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Ce 5 juillet 2026, l’Algérie a célébré le soixante quatrième anniversaire de son indépendance politique. Indépendance obtenue au prix de milles et un sacrifices contre le colonialisme français. Le sang versé par les martyrs de la cause nationale n’a pas été répandu en vain.
Cette date marque un double événement pour le peuple algérien. Premièrement, c’est ce jour de juillet 1830 que Dey Hussein (régent du pays) capitule devant les envahisseurs français. Deuxièmement le FLN (le représentant révolutionnaire du peuple algérien) vainqueur de l’impérialisme français décrète que le 5 juillet qui sera la réparation symbolique de la honteuse capitulation de juillet 1830.
Décision noble et fière qui montre que le peuple algérien dans son for intérieur, n’a jamais accepté la capitulation. L’historiographie française occulte cet aspect pour montrer que l’odieux et atroce régime colonial français était réformable.
Rares sont les intellectuels français progressistes, socialistes et communistes, qui ont décrit avec justesse les infamies que la bourgeoisie française a utilisée pour conquérir l’Algérie. Le seul texte à caractère véritablement progressiste décrivant le colonialisme français en Algérie est celui de Rosa Luxembourg qu’elle a écrit en 1913. Admirable contribution qu’aucun socialiste français, de l’époque n’a égalé par la profondeur et la justesse de l’oppression coloniale.
Un peu d’histoire.
La France républicaine n’a jamais voulu rembourser la dette qu’elle devait à la Régence d’Alger. Pendant les guerres napoléoniennes, elle achetait du blé à crédit dont elle n’a jamais eu l’intention de rembourser. Cruelle ironie de la vie : elle a échappé à la famine grâce à l’Algérie et elle l’a envahie en signe de reconnaissance. En infamie on ne fait pas mieux.
La capitulation du Dey Hussein exprimait en dernière analyse la veulerie de la caste dirigeante algéroise (dirigeant le pays), qui n’a pas su ou pu faire preuve de clairvoyance et d’esprit d’initiative pour préparer le pays à l’invasion. Pourtant, avant le débarquement du 14 juin 1830, une vingtaine d’expéditions militaires de nations européennes furent mises en échec entre le 16e et le 19e siècle (espagnoles, maltaises, néerlandaises, françaises et américaines).
Si, nous procédons à une analogie historique entre l’attitude « patriotique » de la Russie et la trahison du Dey d’Alger, c’est pour bien montrer que ce ne sont pas les idées qui déterminent en dernière analyse des événements et phénomènes historiques, mais bien le degré de développement social et politique d’une société. Du fait de son déclin, la Régence d’Alger était vouée à être battue par les colonisateurs français. Hélas, c’est la dure loi de la jungle capitaliste.
En Algérie, l’impérialisme français a introduit le capitalisme agraire pour faire, entre autres, du pays une réserve de produits agricoles. Il a commencé par détruire le communisme primitif (propriété collective de la terre) parce qu’il constituait le principal obstacle à la consolidation du fait colonial.
Une fois la propriété privée de la terre établie par un ensemble de mesures législatives, la dépossession et l’expropriation de la propriété collective de la terre par les colons et compagnies coloniales n’avait plus de limites autres que physique. L’agriculture vivrière (céréalière) d’avant la colonisation était progressivement remplacée, par une culture fruitière, vignobles et agrumes. Criminelle politique agricole visant à dépeupler les campagnes par la famine de manière récurrente. A la fin des années trente du siècle dernier, une terrible famine se produisit en Algérie alors que jamais la production céréalière n’a aussi été importante.
Le cynisme et la sauvagerie coloniale permettait que « les Algériens meurent de faim » pour permettre aux colons et aux capitalistes français d’engranger d’immenses profits. Ce n’était « rien » aux yeux des bourgeois français puisque les « Arabes dans le leur propre pays » gênaient l’horrible et ignoble projet colonial de substituer la population arabo-berbère par une population européenne, émigrée.
La colonisation française, outre sa vaine prétention de faire de « l’Algérie une 2e France en Afrique » a tout fait pour « franciser » la population algérienne. Cependant, elle s’est brisée comme l’écume des vagues sur les récifs acérés de la culture arabo-musulmane.
Il va sans dire que la mentalité européenne réactionnaire ou progressiste forgée depuis des lustres par l’occidentalisme (avec son racisme négateur des civilisations non-« blanches »), nie l’apport inestimable que lui a apporté la civilisation arabo-musulmane durant tout le Moyen-Age. N’en déplaise aux colonialistes invétérés racistes occidentaux et aux complexés berbéristes de l’ère civilisationnelle arabo-musulmane qui a rayonné dans le monde. Or, affirmer que le capitalisme colonial voulait civiliser « les peuples non chrétiens » relève d’une monumentale escroquerie intellectuelle encore prégnante dans les milieux racistes et nostalgiques du temps des colonies.
Reprenons.
A partir du 5 juillet 1962, se posait à l’Algérie le type du développement national qu’elle devait emprunter ? Poursuivre dans la voie léguée par le colonialisme ou emprunter la voie de développement autonome et souverain des forces productives ? La première servait les intérêts de la mince couche bourgeoise issue de la colonisation, tandis que le FLN devait développer les forces productives en prévision de garantir, ultérieurement, l’épanouissement et la prospérité sociale et culturelle sans cesse croissant de la population algérienne.
Ce fut un mixe des deux qui a prévalu au sein du parti nationaliste de gauche du FLN. Ce dernier se réclamait du socialisme petit bourgeois non marxiste. La direction de Boumedienne (1965-1978) décide, bureaucratiquement, d’un ambitieux et vaste plan d’industrialisation du pays. Sauf que ce plan moderniste, il lui manquait l’essentiel à savoir : doter le pays d’une industrie de construction mécanique sans laquelle toute industrialisation ne pouvait être qu’incomplète et manquer son but.
Politique volontariste d’industrialisation, prise en dehors de la mobilisation des masses laborieuses des villes et des campagnes, qui a quand même donné un appareil industriel édifié patiemment au prix de lourds sacrifices humains et matériels. C’était la seule condition pour sortir le pays de la domination impérialiste qui s’exerçait avec force sur le Maroc et la Tunisie en vue d’entraver toute perspective d’indépendance économique et son corollaire l’indépendance politique.
C’est pourquoi qu’à un moment donné l’Algérie s’appuyant politiquement sur le camp socialiste a pu être considéré comme la Mecque des révolutionnaires des mouvements nationaux et progressistes du monde entier. Les organisations révolutionnaires palestiniennes, africaines, européennes, latino-américaines et afro américaines étaient hébergées dans le pays. Un des acquis positifs de notre glorieuse lutte de libération nationale que Boumediene n’a pas galvaudé, mais que ses successeurs ont éteint.
L’intégration du pays dans la voie capitaliste.
Le tournant droitier opéré après l’extinction graduelle de « l’option socialiste » (1981-1989) a rangé le pays dans le camp de l’impérialisme ne serait-ce que par son ouverture aux capitalistes étrangers, à son application du plan d’ajustement structurel (PAS du FMI) se traduisant avec la disparition et la vente au dinar symbolique de plus de 4000 entreprises publiques industrielles, financières et agraires. Véritable plan de destruction des forces productives qui ont provoqué par la suppression de 800 000 postes de travail dans la période 1994-2000.
A côté de cela le pays et le peuple algérien furent plongés dans un bain de sang par les hordes sanguinaires du FIS en vue d’en faire une dictature théocratique où même le rire était interdit.
L’ère Bouteflika (1999 à 2019), la pire canaille que l’Algérie indépendante ait eu à sa tête, a été marqué par un accroissement criant des inégalités sociales, un développement des fléaux sociaux et un plongeon de la société dans la prévarication, le népotisme et la corruption.
Tout cela nous montre que la bourgeoisie algérienne a rompu avec le souffle libérateur du 5 juillet 1962 à partir des années 1980, pour faire sien l’esprit capitulard du 5 juillet 1830. Ce n’est pas une conclusion arbitraire que nous affirmons, mais bien la traduction de la voie et politique antipopulaire et impopulaire qu’elle poursuit. En interne elle consacre le despotisme et le servilisme en externe.
D’où le fait qu’elle trahit le serment libérateur de nos martyrs de la guerre d’indépendance d’édifier sur les ruines du colonialisme une Algérie moderne, démocratique et sociale. Nous ne pouvons lui reprocher d’avoir trahi le socialisme scientifique dont elle n’a jamais fait référence. De notre point de vue la lutte de libération nationale ne peut être complètement révolutionnaire que si elle poursuit la seconde étape qui consiste à la libération de toute oppression sociale.
Le 8 juillet 2026.
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